Le Livre bleu

La Racine Bolivarienne

Bolivar se trouve ainsi dans le ciel de l’Amérique(…) assis toujours sur la roche de la création, avec l’Inca à ses côtés et le faisceau de drapeaux à ses pieds ; il est comme ça, toujours avec ses bottes de campagne, parce que ce qu’il n’a pas fait reste toujours inaccompli en Amérique; parce que Bolivar a encore des choses à accomplir en Amérique.

José Martí

Le Modèle robinsonien transcende, néanmoins, le personnage, l’enseignant, pour générer et servir de base à une autre de dimensions plus importantes ; non dans le sens philosophique, mais dans sa projection historique et géographique : Le Modèle bolivarien. Celui-ci se catapulte sur l’autre et s’implante dans un territoire étendu avec la même semelle dichotomique : inventer une nouvelle société dans l’Amérique espagnole ou errer en essayant d’imiter de vieux modèles, non pertinents à notre scenario.

Les éléments conceptuels qui forment le Modèle bolivarien sont plus complexes mais, il n’est pas impossible d’identifier une structure parfaitement homologue à celle du modèle robinsonien. Les deux sont produits d’une époque et proviennent d’un processus d’observation et d’une praxis sur une même situation phénoménale.

Simon Bolivar, « Le Leader », écrit sa doctrine dans la dichotomie robinsonienne de façon à réitérer—dès ses premiers discours en 1811, quand il soutient : « Que les grands projets doivent se préparer calmement ! Trois cents ans étant calme ne suffisent-ils pas ? (…) Portons sans peur le pilier fondamental de la liberté sud-américaine : vaciller est nous perdre ».[3]

Dans son Discours devant le Congrès d’Angostura, le 15 février 1819, a-t-il indiqué : « Gardons à l’esprit que notre peuple n’est ni européen ni nord-américain, il est plutôt un composé d’Afrique et d’Amérique, que d’une émanation d’Europe ».

Plus loin, il continue à délimiter l’élément central de la structure conceptuelle du modèle :

Nos lois sont des funestes reliques de tous les despotismes anciens et modernes ; que cet édifice monstrueux soit démoli, qu’il tombe, et, en séparant ses ruines, érigeons le temple de la justice, et, sous les auspices de son inspiration sainte, rédigeons un Code de lois vénézuéliennes.[4]

Voici la deuxième racine, dont l’apex libertaire permet au Système EBR de s’alimenter des siècles : la B du volet bolivarien.
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[3] [Discours prononcé le 3 juillet 1811 à la Société patriotique de Caracas.]
[4] [Discours d’Angostura, 15 février 1819.]

Hugo Chavez Frias


"Nos lois sont des funestes reliques de tous les despotismes anciens et modernes"