Le Livre bleu

Le Projet national Simon Bolivar

Le projet est conçu comme une série enchaînée de situations, dans un processus évolutif qui a une caractéristique profondément transformatrice.

Prenons comme situation initiale la terrible réalité dans laquelle est plongée la Nation vénézuélienne actuelle, marquée par une crise sans précédent, généralisée dans toutes les composantes structurales :

  • · Substructure socioéconomique.
  • · Substructure politico-juridique.
  • · Substructure idéologique.

Cette crise structurale se reflète de façon quotidienne dans tous les aspects dû au  niveau extraordinaire de la situation : le social, l’économique, le politique, le militaire, le religieux, le moral, l’environnemental, le technologique, etc.

La stratégie de transformation du projet doit alors couvrir également le niveau extraordinaire et le niveau tangible, faisant face à toutes les composantes de la situation, analysées de manière intégrale.

Appelons maintenant « objectif stratégique », la situation future de la réalité nationale, à laquelle on arrivera comme résultat du processus historique de transformation globale, où les formes structurales seront totalement distinctes à celles qui dominent la situation actuelle. L’objectif stratégique est l’aspiration concevable, atteignable dans un horizon temporel défini.

Le Projet national Simon Bolivar propose la fixation d’un horizon temporel maximal de vingt ans, à partir du début des actions transformatrices de la situation initiale, pour que les agents et les actions se situent dans l’objectif stratégique.

Or, ce projet admet l’existence d’une éventuelle région qui dépasse l’horizon temporel maximal défini, c’est-à-dire, située au-delà de l’objectif stratégique et qui constitue la « raison totale » du processus. Nous appellerons cette région-scénario, l’utopie concrète robinsonienne. « Utopie concrète » parce qu’elle est fait partie du rêve qui peut être matérialisé, atteignable du point de vue des lois de transformation situationnelle.

Et « robinsonienne » parce qu’elle était déjà envisagée par le maître Simon Rodriguez dans ses écritures du milieu du siècle dernier : « Ce n’est ni un rêve, ni du délire, mais une philosophie. Non plus l’endroit où ceci se fera, sera imaginaire, comme celui imaginé par Thomas More ; son utopie sera, en fait, l’Amérique »

L’UTOPIE CONCRÈTE ROBINSONIENNE

L’homme— cet être de nerfs, sang et raison— doit surpasser les limites de sa propre misère individuelle et se situer dans le domaine fertile des relations sociales solidaires, avec une profonde dose de rationalité, tel qu’enseigné par le maître Simon Rodriguez dans Sociétés américaines (1842). Ceci, en accord avec la pensée la plus avancée de son temps, et encore valide pour nous :

Les sociétés tendent vers un mode de vie qui, diffère beaucoup de celui qu’elles ont, et de celui que l’on prétend qu’elles aient. Les hommes de ces derniers jours(…) souhaitent se gouverner par la raison, qui est l’autorité naturelle. La raison est la figure abstraite (…) de la pensée.7
Le maître définit dans ses cogitations profondes « la fin de la société », avec une vision très humaniste : « Les hommes ne sont pas en société pour se dire qu’ils ont des besoins, ni pour se conseiller (…) sur comment les remédier, ni pour s’encourager à être patients ; mais pour se consulter sur les moyens de satisfaire leurs désirs, parce que ne pas les satisfaire, est  souffrir ».

C’est là qu’on y trouve les lignes fondamentales de l’utopie concrète robinsonienne, dans le cadre d’un type de société solidaire où l’être humain est l’élément essentiel, avec la transcendance sociale déjà élaborée.

En approfondissant la pensée du maître, nous essayons de présenter un niveau au-delà de l’objectif stratégique du Projet national Simon Bolivar, un niveau où l’on trouve la raison d’être de ce procès : un état supérieur de la société, au sein de laquelle les personnes pourront « consulter les uns les autres sur les moyens de satisfaire leurs désirs » et éviter la souffrance individuelle et sociale. Ladite situation ne peut pas être imaginée hors du cadre d’une société vivement démocratique et solidaire.

Exposons avec plus de précision les concepts du maître pour définir avec la plus grande clarté possible l’utopie concrète robinsonienne.

  • L’idée de se consulter, est complètement démocratique, avec une conception profondément participative :

Pour traiter son bien-être, il ne doit pas manquer de consultants, ni de moyens de consulter ; chaque homme exclu du conseil est un vote moins et un tort, parce que l’on doit penser en lui pour qu’il n’offense pas, et pour le moment où l’on va avoir besoin de lui.

  • L’objectif suprême de la société est de « satisfaire les désirs » des hommes, mais avec la condition de la consultation préalable et générale sur les moyens de réaliser tel objectif. En élaborant sur ce concept, nous savons que l’action de satisfaire implique « payer le coût entièrement » et le désir provient d’un mouvement énergique de volonté vers le savoir, la possession ou la jouissance d’une chose ». La volonté, elle réside dans « le potentiel de l’âme, qui nous motive à faire ou ne pas faire quelque chose ».

Ceci veut dire que, la société existe pour ouvrir aux hommes  la voie à la libération de ses forces internes, de telle façon qu’il ressort de la banalité individuelle pour renforcer sa capacité de penser, d’inventer et de créer ses propres façons d’exister, en interaction constante et solidaire avec ses semblables.

Dans ce stade futur de la société, le développement de la capacité créative de l’homme lui permettra de se comprendre lui-même y de dynamiser sa propre culture, avec laquelle il se consolide dans les terrains de la rationalité, dans la recherche de la fin existentielle.
L’utopie concrète robinsonienne constitue le scenario le plus éloigné de la trajectoire stratégique de la transformation. Pour cette raison, ses contours, ses composantes situationnelles, peuvent à peine être identifiées, allongeant la projection au-delà de l’horizon.

Au fur et à mesure que le projet avance vers l’objectif ciblé et les plans se transforment dans l’histoire, l’utopie concrète pourra être définie avec plus de clarté comme fruit de la vision des agents et de l’efficacité des actions.

Dans la situation actuelle, l’utopie concrète robinsonienne permet aux vénézuéliens de prendre l’azimut historique, définir le destin et commencer la longue journée qu’ils devront entreprendre pour arriver à des destins supérieurs.

LA SITUATION VISÉE
LE MODÈLE DE SOCIÉTÉ « ORIGINAL » ET LE MODE DE VIE « SOLIDAIRE »

Le Projet national Simon Bolivar visualise la réalisation de l’objectif ciblé dans un horizon maximal de vingt ans, en partant de la situation à long-terme, ce qui implique une stratégie de transformation micro-politique. La situation visée constitue en même temps une réalité globale, un scenario intégral : le modèle de société originale et le mode de vie solidaire vers lesquels s’orientera l’effort national. « Original » a été le terme utilisé par le maître Simon Rodriguez pour définir le modèle de la société que l’Amérique doit poursuivre :

« Où irons-nous chercher des modèles ? L’Amérique espagnole est originale. Originaux doivent être ses institutions et son gouvernement. Et originaux les moyens de créer l’un et les autres. Inventons ou errons. »
Et, solidaire parce que le Maître conceptualisait ainsi le mode de vie que se doivent d’avoir les hommes en société. Voyons l’exactitude de son projet :

Il n’est pas question que chacun fasse ses affaires —et que celui qui n’est pas alerte, perde—mais que chacun pense à tous, pour que tous pensent à lui. Les hommes ne se retrouvent pas dans le monde pour se détruire entre eux, mais pour s’aider .11

LE MODE DE VIE SOLIDAIRE

« Le mode de vie est l’ensemble de tendances sociales profondes et persistantes qui permettent de classifier les faits quotidiens et leur donner un sens ».

« Étudier le mode de vie signifie reconnaître la sociologie de la famille, l’éducation sur  la consommation  du temps libre, la culture et l’emploi ».

De plus : « Le mode de vie est, en bref, la société telle qu’elle est vécue concrètement ».

La définition de mode de vie est une tâche extrêmement complexe. Le Projet national Simon Bolivar fait face à cette proposition qui a un haut niveau de généralisation, avec l’intention d’ouvrir la voie à la participation de la société civile vénézuélienne pendant le processus difficile de la définition et de la construction d’un mode de vie solidaire.

Le mode de vie solidaire est le produit social résultant du modèle de société original, et dans sa construction, il faut faire l’emphase sur trois amples champs de conditions déterminantes :

  • · Déterminations économiques
    (conditions de vie et de travail).

    · Déterminations idéologiques
    (système de normes socioculturelles).
  • · Déterminations politiques
    (système de décision économique et politique).

LE MODÈLE DE SOCIÉTÉ ORIGINAL

La structure du modèle est déterminée par les éléments situationnels et l’interaction entre eux.

Les éléments situationnels de caractère stratégique qui interagissent pour définir le modèle de société dans une conception globale, sont les suivants :

  • · Le système social.
  • · La culture.
  • · Les facteurs individuels.

    Bien qu’il soit chargé avec une grande responsabilité déterminante pour le modèle de société, le système social ne s’étend pas sur toute sa gamme. Dans son essence, il est formé par la structure socio-économique et la structure politico-juridique.

    Au-delà du système social, la culture existe comme élément stratégique du modèle de société, comprise dans un  niveau de conceptualisation hautement dynamique qui, transcende la simple notion patrimoniale inventive et cognitive, pour enfin, englober la structure idéologique du corpus social.

    Dans un panorama encore plus ample et profond, le Projet national Simon Bolivar assigne à la culture un rôle éminemment transformateur et révolutionnaire, par le biais de la promotion et du développement libre de la créativité, prise de la dichotomie existentielle robinsonienne : « Inventons ou errons ».

    L’individu concret est le résultat de l’interaction avec les deux composantes situationnelles signalées auparavant, un processus dans lequel la structure sociale détermine en grande partie les caractères individuels.

    L’individu comme agent social exerce, cependant, une influence de valeur variable sur le système social. Le modèle de société original doit encourager le potentiel créateur et son autonomie relative dans la situation.

    Dans le cadre théorique précédant, le Projet national Simon Bolivar décrit le modèle de société original en soulignant l’interaction globale du système social de la culture et les facteurs individuels et, en visualisant, dans son contexte, l’objectif du processus de transformation de la situation pour arriver à un niveau de principe. Dans cette étape, seront définis les critères généraux qui constitueront chaque élément stratégique du modèle ; c’est-à-dire, le système social, la culture et les facteurs individuels.

LE SYSTÈME SOCIAL
La structure politico-juridique


Toutes les forces contenues et actives dans la société forment le pouvoir social. De plus, le Pouvoir social se transforme, à travers la Constitution, en Pouvoir de l’État. Pourtant, la Constitution occupe un rang de premier ordre dans les éléments politico-juridiques structuraux d’un État concret.

La Constitution nationale du modèle social original doit être pertinente et parfaitement compatible avec les autres composantes de la structure publique et sociale, surtout dans l’ordre économique, social, cultural et géopolitique.

Ceci peut être achevé uniquement à travers une Assemblée nationale constituante à caractère plénipotentiaire, et elle doit élaborer une Magna Carta dans la situation provisionnelle, par le biais de divers mécanismes de démocratie directe et dans le cadre d’une profonde participation de la société civile.

  • L’ÉTAT

L’État fédéral répond à plusieurs besoins(…) :
En premier lieu, il rend possible l’organisation politique rationnelle de grandes espaces sous la supposition de relations de parité entre les deux parties composantes. Il peut aussi répondre à un principe d’organisation étatique qui a pour objet l’autonomie maximale des unités composantes, que ce soit pour des raisons de caractère technique (un meilleur fonctionnement de l’organisation)

(…) ou que ce soit pour des raisons de caractère axiologique, comme la reconnaissance et le respect des entités du domaine local, ainsi que pour servir comme moyen de réaliser l’idéal de la liberté. Que le plan de la personne individuelle se transfère maintenant à de personnalités collectives, même si celles ne constituent pas de nations culturelles.

Les nécessités géopolitiques du Venezuela du XXe siècle, requièrent une architecture de pouvoir équilibré et polycentrique. L’État fonctionne comme une « unité de pouvoir » ; une unité qui ne doit pas être confondue avec la concentration, ainsi qu’un « pouvoir » qui doit être entrepris, exercé de manière harmonique et bien distribué partout dans le territoire national.

L’État fédéral—qui se constitue ainsi—recevra le nom d’État fédéral zamorain, en hommage au Général du peuple souverain, Ezequiel Zamora, dont le projet de Fédération a été tergiversé pour ceux qui ont trahi les postulats de la Révolution fédéral.

L’État fédéral zamorain aura la structure juridique suivante: La Constitution nationale, souveraine en soi et servant de norme fondamental des constitutions des  états membres.

  • Les normes juridiques de portée et compétence fédérale.
  • Les constitutions des États qui intègrent la Fédération, encadrées et limitées par la Constitution nationale.

L’unité totale, indépendante et souveraine de la Nation, résidera dans la synthèse dialectique des domaines nationaux et d’État. En d’autres mots, le tout transcende la simple addition des parties.

  • LES POUVOIRS DE L’ÉTAT

Le pire ennemi de la liberté, dit Montesquieu, est le pouvoir, étant donné que « c'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » ; mais, parce que le pouvoir est nécessaire, il existe un seul moyen de garantir la liberté, à savoir : trouver une « disposition des choses » dans laquelle « le pouvoir détienne le pouvoir », ce qui ne peut être fait que par une division du pouvoir en question. La division des pouvoirs de l’État se trouvent dans un processus de rationalisation à deux volets:

  • La rationalité technique, qui fournit aux composantes et aux actions de l’État un haut niveau de coordination et efficacité opérationnelle.
  • La rationalité axiologique, c’est-à-dire, la recherche consciente d’un système cohérent de valeurs.


Le Projet national Simon Bolivar rassemble la doctrine de division des pouvoirs du concept bolivarien de l’État et de la société :
Puis  il y aura alors un équilibre et il n’y aura pas les affrontements qui compromettent le progrès de l’État. De plus, il n’y aura pas cette complication  qui encombre, au lieu d’unir  la société. En effet, la division harmonieuse des pouvoirs est un moyen indispensable de garantir la « suprême liberté sociale ».

La racine bolivarienne du projet fait renaître la structure proposée par le Libérateur, à Angostura (1819) ; et en Bolivie (1826).

 Alors, l’État fédéral zamorain sera constitué de cinq pouvoirs publics:

  • · Pouvoir exécutif.
  • · Pouvoir législatif.
  • · Pouvoir judiciaire.
  • · Pouvoir électoral.
  • · Pouvoir moral.

La définition des structures et les attributions de chacun des pouvoirs seront le produit des délibérations que l’Assemblée nationale constituante conduira pendant  l’étape de transition, en concert avec la Nation.

Le Mouvement bolivarien révolutionnaire-200 propose—pour ouvrir la discussion historique—certains éléments qui pourraient devenir des lignes ou  des cadres généraux qui définiraient les pouvoirs Électoral et Moral, extraits du concept bolivarien de l’État.

LE POUVOIR ÉLECTORAL

Le [Pouvoir] électoral a reçu des facultés, qui ne lui étaient pas attribuées par d’autres gouvernements qui se qualifiaient parmi les plus libéraux. Ces attributions se rapprochent grandement à celles du système fédéral. Il ne m’a paru pas seulement convenable et utile, mais aussi facile, de concéder aux représentants du peuple les privilèges que les citoyens souhaiteraient le plus dans chaque département, province ou canton. Aucun objet n’est plus important à un citoyen que l’élection de ses législateurs, magistrats, juges et pasteurs. Les Collèges électoraux de chaque province représentent leurs besoins et leurs intérêts  et servent à recevoir les plaintes sur l’infraction de lois et des abus des magistrats. J’oserai  dire avec une certaine exactitude qu cette représentation participera des droits dont les gouvernements particuliers des États fédérés bénéficient. De cette façon, on a ajouté un contrepoids dans la balance contre l’Exécutif et le gouvernement obtient plus de garanties, plus de popularité et de nouveaux titres, pour qu’il se distingue entre les plus démocratiques.

Le Pouvoir électoral de l’État fédéral sera la composante politique-juridique qui permettra aux citoyens d’être des vrais dépositaires de la souveraineté ; l’exercice sera donc réellement dans les mains du peuple.

Le Pouvoir électoral s’étendra partout dans le système socio-politique de la Nation. Il établira les canaux pour une véritable distribution polycentrique du pouvoir, déplacera des forces vers la périphérie et augmentera la capacité de décision et d’autonomie dans les communautés et les villes.

Le Pouvoir électoral sera exercé par les citoyens de manière directe par l’entremise des assemblées électorales, dans lesquelles tous les Vénézuéliens en âge de voter (électeurs) participeront librement.
L’Assemblée électorale municipale élira les membres du Conseil électoral de la municipalité, en proportion à sa population.

Les conseils électoraux de chaque municipalité se rassembleront pour former le Conseil électoral de l’État.

Le Conseil électoral de chaque État élira ses représentants au Conseil fédéral national, un organisme qui aura juridiction nationale.
Les citoyens qui intègrent les différents conseils électoraux seront complètement et absolument indépendants des partis politiques.
Les conseils électoraux auront toute la responsabilité inhérente aux processus électoraux, tant au niveau local, comme au niveau de l’État et au niveau national. En même temps, ils réguleront de façon permanente l’effort des fonctionnaires élus par le peuple et ils pourront initier, promouvoir et décider de consulter le peuple directement (referendums, plébiscites, etc.) pour révoquer ou approuver des charges et/ou actes publiques locales et/ou nationales, selon leur juridiction.

Le Pouvoir électoral permettra à tous les électeurs vénézuéliens de choisir les fonctionnaires publiques des différents pouvoirs, Exécutif, Législatif, Judiciaire et Moral, et ce, du niveau local jusqu’au national.
Cette sélection doit être uninominale, universelle, directe et secrète.

LE POUVOIR MORAL
Constituons cet Aréopage pour qu’il soit valable sur l’éducation des enfants, sur l’instruction rationnelle ; pour que ce qui est corrompu de cette République soit purifié ; qu’il accuse l’ingratitude, l’égoïsme, la froideur de l’amour à la Patrie, l’oisiveté, la négligence des citoyens de juger les crimes de corruption, d’exemples pernicieux. Nous devons corriger les coutumes avec des peines morales de la même façon que les lois sanctionnent les crimes avec des peines afflictives, et  non seulement pour ce qui les heurte, mais aussi ce qui se moque d’elles ; non seulement ce qui les attaque, mais ce qui les affaiblit, non seulement ce qui viole la Constitution, mais ce qui viole le respect public.

En méditant sur le mode effectif de régénérer le caractère et les coutumes que la tyrannie et la guerre nous ont accordées, je me suis senti dans l’audace d’inventer un Pouvoir moral, tiré du fond de l’obscure antiquité et de ces lois oubliées qui, pour quelque temps, ont gardé la vertu chez les Grecs et les Romains. On pourrait bien le considérer un candide délire, mais ce n’est pas impossible, et je suis flatté que vous ne haïssez pas entièrement une pensée qui, améliorée par l’expérience et l’illumination, peut arriver à être très efficace.

Le Pouvoir moral, conjointement avec l’Électoral, configure l’entité constitutionnelle d’un quatrième pouvoir « Neutre » ; doctrine annoncée par Benjamin Constant (pouvoir neutre).

Dans l’État fédéral zamorain, ce Pouvoir neutre offrira des proportions à des niveaux adéquats de rationalité technique aux pouvoirs classiques, assurant sa juste et judicieuse action dans le mouvement de la société vers ses objectifs. De cette manière, la structure politico-juridique maintient son équilibre interne et fournit de la stabilité au système social.

Le Pouvoir moral aura, comme mission fondamentale, l’assurance du fonctionnement correct de l’État de droit, où les lois et la raison seront imposées comme principes fondamentaux dans le rapport entre individus, la société et l’État.

Le Pouvoir moral fonctionnera comme une garantie de droit et aura à sa disposition les mécanismes nécessaires pour accomplir ses fonctions de régulation, attention, protection, défense et sauvegarde des droits des individus et de la société et du patrimoine publique.
Les composantes structurales du Pouvoir moral seront :

  1. · Le Bureau du Procureur fédéral de la République.
  2. · Le Bureau du Ministère public fédéral de la République.
  3. · Le Bureau du Contrôleur fédéral de la République.

Chacun de ces organes aura ses entités régionales correspondantes (d’État et municipales), lesquelles seront autonomes en leur organisation et fonctions. Elles seront régulées par les constitutions d’États correspondantes.

Les plus hauts fonctionnaires au niveau national, au niveau de l’État et  au niveau local des organismes qui constitueront  le Pouvoir moral, seront élus de façon uninominale, universelle, directe et secrète par les électeurs vénézuéliens, selon ce qui sera établi par les constitutions et les lois électorales pertinentes.

Le procureur fédéral, le ministère public fédéral et le contrôleur fédéral constitueront le Conseil moral de la nation, totalement indépendant des autres organes du Pouvoir public. Il aura pour mission constitutionnelle de réguler et rendre possible le fonctionnement adéquat des autres pouvoirs.

Dans chaque État de la République se trouvera un Conseil moral étatique et à chaque municipalité, le Conseil moral municipal, constitué par le procureur, le contrôleur et le ministre public, de chaque entité correspondante.

  • LE SYSTÈME DE GOUVERNEMEN
    LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE ET PROTAGONIQUE

La politique s’occupe de la question classique d’Harold Lasswell : « Qui obtient quoi, quand et comment ? » Le gouvernement s’occupe de la demande de celui qui s’interroge : « Qui contrôle quoi, quand et comment ? »

Karl Deutsch

 

À la politique correspond la définition d’objectifs et de propositions de la société. Au Gouvernement, correspond la formulation des politiques, c’est-à-dire, la prise de décisions qui affectent la société. Donc, le système de gouvernement doit avoir à sa disposition les mécanismes, les canaux, les organismes et les procédures pour permettre aux majorités nationales d’exercer le contrôle, de participer et de mettre en œuvre le procès de prise de décisions politiques. Cela, non seulement aux majorités, mais aussi aux minorités, ce qui est précisément un trait inséparable de la société démocratique.

Le modèle de la société originale du Venezuela du XXIe siècle est conçu avec le critère d’un système de gouvernement qui ouvre, avec une amplitude illimitée, les espaces nécessaires où, les peuples, la masse populaire, se déploient de manière créative et efficace et ainsi, obtiennent le contrôle du pouvoir pour prendre les décisions qui affectent leur vie quotidienne et leur destin historique.

Il s’agit alors d’un vrai et authentique système démocratique, dont les institutions et procédures transcendent largement le handicap et l’état de survie que les gouvernements populistes démocratiques ont amené à l’Amérique Latine. « Tout le Pouvoir pour le peuple » est un slogan parfaitement valide et qui doit orienter le processus de démocratisation vers la société projetée dans l’horizon objectif.

Vu sous cet angle, ladite « démocratie représentative » n’a été rien de plus qu’une mascarade par l’entremise de laquelle on a dominé nos peuples. Le Libérateur le signalait déjà : « Nous avons été plus dominé par le mensonge que par la force ».

Le Projet national Simon Bolivar doit rompre avec les limites de la farce représentative pour avancer vers la conquête de nouveaux espaces participatifs dans la première phase de son développement.
Néanmoins, l’objet stratégique doit être la démocratie populaire bolivarienne comme système de gouvernement. Plus encore, comme expression de la vie économique, sociale et culturelle du modèle de société original robinsonien.

LA DÉMOCRATIE POPULAIRE BOLIVARIENNE
RÔLE PRINCIPAL ET AUTOGOUVERNEMENT

Du  point de vue des démocraties formelles, régies par de gouvernements populistes, la participation a été teintée d’une certaine idéologie et instrumentalisée par les secteurs dominants en tant qu’appât.  C’est ainsi que plusieurs efforts de changement perdent leur chemin.

En effet, les gouvernements et les partis populistes prédiquent la participation en faisant appel au concept de « pourboire », de la sorte qu’ils la condamnent à sa propre mort, avec des limites si étroites et rigides qu’elles empêchent la société civile d’intervenir dans la prise de décisions de politique : « qui obtient  quoi, quand, comment ». Comme conséquence, les peuples ne peuvent pas faire partie de la conception et/ou sélection de plans et projets qui jalonnent leur progrès historique.

De cette manière, nos peuples ont été condamnés à « participer » à leur propre destruction : dans la gestion de leur misère croissante, dans le « contrôle » des famines et les maladies qui frappent à peu près 300 millions de latino-américains. Ils ont participé au creusement de la tombe historique dans laquelle les secteurs dominants visent à enterrer les espoirs de l’Amérique noire.

La démocratie populaire bolivarienne rompt avec ce schéma de tromperie et de vassalité, en échangeant les limites de l’action au niveau de protagoniste principale des prises de décisions.

Le rôle principal, explique Victor Martin, « implique une liberté et une capacité plus forte et autonome concernant l’acte de changer, même les règles initiales ». En d’autres mots, le peuple, comme dépositaire concret de la souveraineté, doit maintenir sa force potentielle pour l’employer à tout moment et à tout segment du tissu politique, pour la réparation prompte de dommages,  pour renforcer des déséquilibres ou pour produire des transformations qui permettent l’avancement du corps social dans la direction stratégique auto-imposée. 

Afin d’arriver à cela, le système politique doit équiper les canaux nécessaires, tant au niveau local comme au régional et national. Canaux dans lesquels écoule le pouvoir populaire déterminant.  Dans ce sens, les communautés, les quartiers, les villages et les villes doivent compter sur les mécanismes et le pouvoir pour être gouvernés par un système d’autogouvernement qui les permette de décider eux-mêmes sur leurs affaires internes, par le biais de processus et structures générales créés par eux-mêmes.

C’est-à-dire, le peuple doit compter sur des canaux de communication fiables et des organes de décision à l’intérieur de son anatomie, qui lui permettent de sélectionner ses buts ou objectifs, corriger la voie vers eux-mêmes, lorsque celle-ci se soit déviée. Finalement, produire de changements dans la composition interne, au fur et à mesure qu’ils soient demandés par les processus historiques.

La démocratie populaire bolivarienne naîtra dans les communautés et son sève bienfaiteur, s’étendra sur tout le corps social de la Nation, pour nourrir avec vigueur égalitaire, libertaire et solidaire, l’État fédéral zamorain.  Son feuillage couvrira les structures du modèle de société robinsonienne.

La nouvelle ère vénézuélienne viendra sous le signe de l’arbre des trois racines. Elle s’annonce avec force déjà à l’horizon du XXIe siècle vénézuélien et latino-américain.

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Hugo Chavez Frias


"L’Amérique ne doit pas imiter servilement, mais être originale."