Le Livre bleu

La Racine Robinsonienne

L’histoire de l’Amérique Latine (…) a été laissée à part(…) De cet exile oublié—intentionnellement ou par erreur dans les perspectives—nous ramenons ce Simon Rodriguez, celui que l’histoire a uniquement consenti à légitimer [comme] précepteur de Simon Bolivar.

Il arrive en guise de passant de divers mondes, (…) « vieil observateur des révolutions du siècle ». Il s’approche avec ses traces d’inadapté, et différent, lucide et extravagant(…) philosophe (…) prévenant (…) réitérant des questions complètes (…) inventeur dissident et planificateur pour le lendemain(…) qui les accompagne avec des réflexions à jour (…)  pour le jour d’après. Voilà le futur qu’il porte sur ses épaules de solitaire impatient.
Sa vie est errante (…) joyeuse (…) controversée, a des excès de dépense d’énergie (…) Il sait bien rire. Il crée des excuses pour rire. Il sait s’évader de la dérision. Sa joie n’était pas circonstancielle ; c’était sa méthode de vivre et d’enseigner.[1]
Dardo Cúneo

Dans l’histoire de la philosophie politique vénézuélienne, il existe un modèle théorique de base, lequel nous appellerons désormais « robinsonien », puisqu’il a émergé de la pensée et de la praxis de ce compatriote qui a changé son nom original de Simon Rodriguez à Samuel Robinson.

Le Modèle robinsonien a été construit dans une période d’un peu plus d’un demi-siècle, depuis l’époque de la jeunesse de Robinson, lorsqu’il était enseignant des enfants de Caracas, quand il écrit, en 1794, ses réflexions sur les défauts qui vicient l’École de premières lettres de Caracas et les moyens pour achever sa transformation en « nouveau établissement, jusqu’à sa propre vieillesse, quand, en 1851, il publie ses Conseils amicaux, donnés au Collège de Latacunga ».

Le modèle se fonde sur un système d’idées qui peut être parfaitement encadré dans un profond dilemme existentiel, où se révèle clairement une dichotomie dans le mouvement radical : « inventons ou errons ».
Comme tout système idéologique, le modèle est composé d’un ensemble d’éléments conceptuels fortement reliés qui constituent la structure systématique robinsonienne.

L’étude du modèle, de sa genèse jusqu’à son développement, démontre que telle structure reste inaltérable et qu’elle obéit à la même alternative d’inventer de nouvelles institutions pour les républiques latino-américaines naissantes, ou d’errer et tomber dans la simplicité de copier des modèles d’autres époques, ayant d’autres attitudes, provenant d’autres hommes. En d’autres mots, si nous n’inventons pas, nous nous nous effondrerons dans une erreur fatale.

Dans Sociétés américaines (1842), Simon Rodriguez se charge de délimiter le dilemme :

« Où irons-nous chercher des modèles ? L’Amérique espagnole est originale. Originaux doivent être ses institutions et son gouvernement. Et originaux les moyens de créer l’un et les autres. Inventons ou errons. »[2]

C’est dans ce modèle que s’insère la racine la plus profonde du Système EBR, précisément dans la R de racine robinsonienne.

----------------------------------------------------------------
[1]Du prologue à l’œuvre de Simon Rodriguez Inventons ou errons, Éditions Monte Avila Latinoamericana, 1980.

[2] Rodriguez, Simon. Sociétés américaines. Bibliothèque Ayacucho, 1990, p. 88.

Hugo Chavez Frias


"Nous allons simplement provoquer cette rencontre inévitable."